LES

GRANDS LEVRIERS

 

Les Grands Lévriers vont sur le ciel clair,

Les Grands Lévriers, Lévriers de l'air.

 

Enjambent les fleurs, courent les saisons;

Les Grands Lévriers fuient à l'horizon.

 

S'en vont deux par deux, s'en vont trois par trois,

Les Grands Lévriers des chemins de Croix.

 

A travers les monts, à travers les plaines,

Les Grands Lévriers vont à perdre haleine,

 

Et, loin du mirage des blancs côteaux,

Les Grands Lévriers nagent sur les eaux.

 

Les Lévriers font si grande vitesse,

Les Grands Lévriers des grandes détresses,

 

Qu'ils ont dépassé l'abreuvante source :

Les Grands Lévriers sont à bout de course.

 

Sur le sol poudreux, dans le blanc matin,

Les Grands Lévriers sont morts dans ma main.

 

Sont morts deux par deux, sont morts trois par trois,

Comme Jésus-Christ, les deux bras en Croix.

 

Les deux bras en Croix et la gorge ouverte :

Ils ont dépouillé leur tunique verte,

 

Et seuls, sans espoir ni déguisement,

S'en sont morts de soif et d'épuisement, -

 

Aux croisements bleus des calmantes routes,

Sans un seul instant d'angoisse ou de doute.

 

Ah! qu'ils étaient beaux dans le grand soleil

Les Grands Lévriers de mon grand réveil!

 

A l'extrémité de la boule ronde:

Ils croyaient pouvoir conquérir le monde!

 

Mais plus, jamais plus, je ne reverrai

Les Grands Lévriers! Ah! j'ai trop pleuré!

 

Ah! j'ai trop pleuré les chimères mortes :

Les nuages noirs ont fermé ma porte!

 

Quel es-tu, bel Ange, en manteau d'hiver?

Je suis le Miracle et mes pieds sont verts.

 

Plus légers que ceux des Grands Lévriers...

Je cours le gazon frais de Février,

 

L'herbe tendre et l'air si fragile encor

Que mes blancs souliers sont tout mouillés d'or

 

Et que le rayon bleu qui m'accompagne,

Fait poindre le jour aux flancs des montagnes.

 

Je garde en mon coeur un rameau fleuri

De tous les printemps qui n'ont pas souri;

 

De tous les printemps d'aurore légère

Qui n'ont su fleurir un instant sur terre.

 

 -

 

Ne crains plus, Enfant de la solitude:

Il est dans le Ciel plus de Certitude

 

Que le coeur de l'Homme en son devenir

Terrestre jamais n'en peut contenir.

 

O Toi, dont toujours de vaines alarmes

Font battre le coeur d'insondables larmes!

 

Les rires, les cris, les chagrins : les routes

Des Grands Lévriers, je les connais toutes; -

 

Car j'ai vu, plongeant dans les coeurs déserts

En les âmes même à travers les chairs;

 

D'un regard perçant comme les éclairs

Qui traversent l'ombre à travers les airs;

 

Du plus haut des monts jusqu'aux vastes mers,

Dans mes vastes yeux, tous les Univers!

 

En moi, tout s'éclaire et se renouvelle

Dans le tendre éclat d'une aube immortelle:

 

Il n'est rien en moi qui ne ressuscite

Des lieux où Bonheur et Douleur vont vite,

 

Et nul coeur non plus qui n'y puisse un jour

Recouvrer les feux de son fol amour;

 

-

 

Car je porte encore, au plus clair de moi,

Le plus clair Soleil du plus clair du Roi, -

 

De Celui-là même, en ton coeur mortel,

Qui jette le Feu Pur de l'Eternel!...

 

..............................................................

 

Je renais au bord de toute Souffrance.

Ne me connais-tu? - Je suis l'Espérance !

 

Le

Parc du château

de

Vendôme. Eté 1945.

 

Poème volontairement inachevé.

 

(Note concernant les "Grands Lévriers)